Que font les bactéries de l'intestin de ce qu'on mange ?
La part du microbiote
Le côlon n'est pas un couloir de sortie. C'est un atelier de fermentation, peuplé d'autant de cellules bactériennes que le corps en compte lui-même. Ces bactéries travaillent sur ce qui leur arrive, c'est-à-dire sur ce que le grêle n'a pas su prendre.
Ce que le corps ne digère pas, elles le digèrent
Les fibres arrivent intactes dans le côlon : aucune enzyme humaine ne sait les découper. Les bactéries, elles, en possèdent l'outillage. Elles les fermentent et en tirent des acides gras à chaîne courte, principalement l'acétate, le propionate et le butyrate.
Ces molécules ne sont pas des déchets. Le butyrate nourrit directement les cellules de la paroi du côlon, qui en font leur carburant principal. Les autres passent dans le sang, rejoignent le foie et participent au métabolisme général. Une part de l'énergie des fibres finit donc par être récupérée, par un détour que l'étiquette n'annonce pas.
Certains de ces acides gras agissent aussi sur l'appétit. Quand on en délivre directement dans le côlon de volontaires, la prise alimentaire du repas suivant diminue. Le mécanisme rejoint les hormones intestinales de la première partie : la paroi du côlon parle au cerveau, elle aussi.
Ce qui est établi, ce qui ne l'est pas
Voilà pour le solide. Le reste demande de la prudence, car le sujet est celui où l'écart entre ce qui circule et ce qui est démontré est le plus grand.
Il est établi que le microbiote fermente les fibres, qu'il produit des molécules actives, et que sa composition varie selon ce qu'on mange. Il est établi que ces populations diffèrent en moyenne entre personnes minces et personnes en surpoids.
Il n'est pas établi que cette différence soit une cause plutôt qu'une conséquence. Chez la souris, transférer le microbiote d'un animal obèse fait grossir un animal mince. Chez l'humain, ces transferts n'ont pas produit d'effet net sur le poids. Quant aux compléments vendus pour corriger un microbiote, aucun ne dispose à ce jour d'un effet établi sur le poids.
Ce qu'il faut en retenir
Les bactéries du côlon récupèrent une part de ce qui a échappé au corps et fabriquent au passage des molécules qui agissent sur l'appétit. Ce qu'elles reçoivent dépend directement de la quantité de fibres du repas. Au-delà, la recherche est active et les certitudes rares : ce livre s'arrête là où elles s'arrêtent.
Sources
- den Besten G et al., The role of short-chain fatty acids in the interplay between diet, gut microbiota, and host energy metabolism, Journal of Lipid Research, 2013
- Sender R, Fuchs S, Milo R, Revised estimates for the number of human and bacteria cells in the body, PLOS Biology, 2016
- Chambers ES et al., Effects of targeted delivery of propionate to the human colon on appetite regulation, Gut, 2015
Écrit par Marc-Antoine Voci.