2.16

Pourquoi certains mangent-ils beaucoup sans grossir ?

Ceux qui ne grossissent jamais

C'est l'observation qui agace le plus. Trois mécanismes se partagent l'explication, dans des proportions variables selon les personnes.

Ce qu'on croit manger

Le premier a été mesuré en laboratoire. On demande à des volontaires de noter tout ce qu'ils mangent, et on mesure en parallèle leur dépense réelle par une méthode qui ne dépend d'aucune déclaration. L'écart est net : la prise alimentaire déclarée est bien inférieure à la prise réelle, et l'activité déclarée bien supérieure à l'activité réelle.

Ce n'est pas du mensonge, c'est une difficulté d'estimation, et elle touche tout le monde. Les portions se sous-évaluent, les huiles de cuisson s'oublient, les grignotages ne comptent pas comme des repas. Une partie des « gros mangeurs qui ne grossissent pas » mangent simplement moins qu'ils ne le pensent, sur la semaine.

Ce que le corps dépense sans y penser

Le deuxième mécanisme est plus surprenant. Quand on suralimente des volontaires de la même quantité pendant huit semaines, la prise de poids varie du simple au décuple d'une personne à l'autre. Ce qui explique l'essentiel de cet écart n'est ni le métabolisme de repos ni le sport : c'est l'activité spontanée, celle qu'on ne compte jamais. Se lever, marcher, changer de position, gigoter.

Chez certains, cette dépense augmente d'elle-même quand l'apport augmente. Ils bougent davantage sans en avoir conscience ni le décider, et une bonne part du surplus part par là.

La part de la génétique

Le troisième mécanisme est réel. Les études familiales et de jumeaux attribuent à l'hérédité une part importante de la variabilité de corpulence. Cela ne signifie pas qu'un poids soit écrit d'avance : la génétique règle surtout la facilité avec laquelle un environnement donné fait grossir. Elle explique les différences entre personnes exposées au même environnement, pas la hausse de corpulence d'une population entière en deux générations.

Ce qu'il faut en retenir

Le mangeur qui ne grossit pas n'échappe à aucun mécanisme de cette partie. Il mange souvent moins qu'il ne le croit, il dépense souvent plus qu'il ne le voit, et il part parfois d'un réglage plus favorable. Les trois se cumulent, et aucun n'est un pouvoir spécial.

Sources

  • Lichtman SW et al., Discrepancy between self-reported and actual caloric intake and exercise in obese subjects, New England Journal of Medicine, 1992
  • Levine JA, Eberhardt NL, Jensen MD, Role of nonexercise activity thermogenesis in resistance to fat gain in humans, Science, 1999
  • Wardle J et al., Evidence for a strong genetic influence on childhood adiposity despite the force of the obesogenic environment, American Journal of Clinical Nutrition, 2008

Écrit par Marc-Antoine Voci.