Comment le corps met-il l'énergie de côté ?
Le stockage
Le corps garde de l'énergie de deux façons, et l'écart entre les deux n'est pas une nuance : c'est un rapport de un à cinquante.
Une petite réserve rapide, une grande réserve lente
Le glycogène est du glucose assemblé en chaînes, entreposé dans le foie et les muscles. Il a deux qualités : il se mobilise en quelques secondes, et il alimente directement le cerveau via le foie. Il a un défaut : il est minuscule. Sa capacité totale plafonne autour de 500 grammes, soit moins d'une journée d'autonomie, et il est encombrant puisque chaque gramme retient environ trois grammes d'eau.
Le tissu adipeux est l'inverse. Il se mobilise lentement, mais il est compact, il n'a pas de limite pratique, et il tient des semaines. C'est la réserve longue durée.
Cette différence de taille explique une partie du problème qui occupe ce livre : la réserve qui déborde vite ne stocke presque rien, et celle qui ne déborde jamais accepte tout.
Les trois routes vers le gras
Le gras alimentaire prend la route la plus courte. Absorbé sous forme de graisses, il circule et se dépose sans être transformé. Un gras mangé est un gras rangé, à peu de chose près.
Les glucides prennent la route la plus longue. Ils remplissent d'abord le glycogène ; ce n'est qu'une fois cette réserve pleine, et l'utilisation courante couverte, que le corps fabrique de la graisse à partir du sucre. Cette fabrication existe, mais elle est coûteuse en énergie et reste marginale dans un régime ordinaire : il faut des jours de large excès de glucides pour qu'elle devienne notable.
Les protéines prennent la route la plus rare. Elles servent d'abord à construire et à réparer, et le corps préfère les brûler que les convertir.
Le sucre en excès n'a pas besoin d'être transformé en graisse pour faire grossir : il suffit qu'il soit brûlé en priorité, ce qui laisse les graisses du même repas sans emploi, donc rangées.
Ce qu'il faut en retenir
Il n'y a pas une réserve mais deux, et la petite se remplit en premier. Ce qui arrive ensuite dépend moins de la nature de l'aliment que de l'ordre dans lequel le corps le traite. La page suivante décrit ce qu'il faut pour que ce mouvement s'inverse.
Sources
- Acheson KJ et al., Glycogen storage capacity and de novo lipogenesis during massive carbohydrate overfeeding in man, American Journal of Clinical Nutrition, 1988
- Hellerstein MK, De novo lipogenesis in humans: metabolic and regulatory aspects, European Journal of Clinical Nutrition, 1999
- Frayn KN, Metabolic Regulation: A Human Perspective, Wiley-Blackwell
Écrit par Marc-Antoine Voci.