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Qu'est-ce qui déclenche la faim ?

Ghréline et leptine

La faim n'a pas un messager, elle en a deux. Ils travaillent sur des échelles de temps qui n'ont rien en commun, et ils déclenchent le même appel en allant dans des sens opposés.

Ghréline
Produite par l'estomac
faim8 h12 h16 h20 hheures de la journée

Elle monte → la faim monte.

La ghréline travaille à l'échelle de la journée. Son taux monte dans les une à deux heures qui précèdent chaque repas habituel, et retombe dans l'heure qui suit. Trois repas, trois vagues, que les réserves du corps soient pleines ou non.

Ce n'est donc pas une jauge. Le tissu adipeux contient de quoi tenir des semaines ; la vague de midi ne dit rien de son niveau. Elle dit autre chose : c'est l'heure habituelle de manger, prépare-toi.

Cette horloge s'apprend : les vagues se calent sur les horaires réellement tenus, et suivent quand ils changent durablement. La faim de 12 h 30 est inscrite dans l'agenda, pas dans l'espèce.

Une vague passe même sans repas. Chez des volontaires restés à jeun une journée entière, elle est arrivée à l'heure prévue puis redescendue seule. Il n'y a pas de chronomètre valable pour tout le monde, mais l'ordre de grandeur d'un sommet est la demi-heure : c'est la durée du mauvais moment à passer.

Tout ne l'éteint pas pareil : les protéines l'écrasent fort et durablement, les glucides la font plonger puis remonter au-dessus de leur point de départ, les lipides ne l'abaissent presque pas.

Leptine
Produite par le tissu adipeux
faim100 %50 %0réserves de gras

Elle baisse → la faim monte.

La leptine travaille à l'échelle des semaines. Produite par la graisse elle-même, à proportion de sa masse, elle est le relevé de compte que le corps envoie au cerveau. On l'a comprise grâce à des souris incapables d'en produire : privées de relevé, elles mangeaient sans fin, leur cerveau se croyant en famine permanente.

La suite logique serait : réserves hautes, leptine haute, faim freinée. La réalité est moins simple. Chez les personnes en surpoids important, la leptine circule en abondance, mais le cerveau y répond de moins en moins. Cette résistance explique un fait autrement incompréhensible : porter de grandes réserves et avoir durablement faim.

Dans l'autre sens il reste très sensible : quand les réserves baissent, la leptine chute vite et le message passe cinq sur cinq, la faim monte et la dépense se resserre. Sourde à l'abondance, réactive au manque. Cette asymétrie reviendra dans la partie sur l'échec des régimes.

Un même appel, en sens contraire

Ghréline haute : faim. Leptine basse : faim. L'une appelle, l'autre cesse de rassurer.

Attention toutefois : la leptine n'est pas l'hormone de la satiété. Elle ne referme pas un repas, elle dit ce qu'il y a en réserve. Ce qui arrête un repas vient de l'intestin, et occupe une page plus loin.

Sources

  • Kojima M et al., Ghrelin is a growth-hormone-releasing acylated peptide from stomach, Nature, 1999
  • Cummings DE et al., A preprandial rise in plasma ghrelin levels suggests a role in meal initiation in humans, Diabetes, 2001
  • Natalucci G et al., Spontaneous 24-h ghrelin secretion pattern in fasting subjects: maintenance of a meal-related pattern, European Journal of Endocrinology, 2005
  • Foster-Schubert KE et al., Acyl and total ghrelin are suppressed strongly by ingested proteins, weakly by lipids, and biphasically by carbohydrates in humans, Journal of Clinical Endocrinology & Metabolism, 2008
  • Zhang Y et al., Positional cloning of the mouse obese gene and its human homologue, Nature, 1994
  • Considine RV et al., Serum immunoreactive-leptin concentrations in normal-weight and obese humans, New England Journal of Medicine, 1996

Écrit par Marc-Antoine Voci.