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Pourquoi mange-t-on plus quand on est stressé ?

Le stress qui fait manger

Manger sous le stress passe pour une faiblesse. C'est en réalité un mécanisme à deux étages, dont chacun se mesure, et aucun des deux n'est un trait de caractère.

Le premier étage : le cortisol

Face à une menace qui dure, qu'il s'agisse d'une échéance, d'un conflit ou d'une inquiétude de fond, le corps maintient en circulation son hormone d'endurance, le cortisol. Or le cortisol prépare à tenir : parmi ses effets, il ouvre l'appétit et oriente le stockage vers les réserves rapides à mobiliser, celles de l'abdomen. En laboratoire, l'effet se lit directement : après une même épreuve de stress, les personnes dont le cortisol monte le plus mangent davantage dans l'heure qui suit, sans avoir plus faim au sens de la faim d'horloge.

Le deuxième étage : la récompense

Le cortisol explique l'appétit ; il n'explique pas le choix. Le stress ne pousse presque jamais vers une pomme, et cette sélectivité est le deuxième étage.

Ce qu'il réclame, ce sont des aliments sucrés et à haute densité calorique, c'est-à-dire qui logent beaucoup de calories dans peu de volume. Ces aliments activent le circuit de la récompense, et cette activation apaise la réponse au stress, de façon mesurable. Le soulagement est immédiat, et le cerveau retient ce qui soulage : la fois suivante, le chemin est déjà tracé. Les travaux sur l'animal montrent le même bouclage. Sous stress chronique, la nourriture réconfortante calme l'axe du stress lui-même, et le comportement s'installe parce qu'il fonctionne.

C'est ce qui fait du grignotage de stress une réponse apprise plutôt qu'une faim : il ne vise pas à remplir, il vise à réguler une émotion. Les signaux de la partie, le creux qui appelle et l'estomac qui se vide, n'y participent pas ; le repas de stress peut suivre de près un vrai repas.

Ce qu'il faut en retenir

Le stress qui fait manger emprunte deux voies : une hormone qui ouvre l'appétit et oriente le stockage, et un apprentissage : manger apaise, donc manger revient. Reconnaître cette envie-là est déjà la distinguer de la faim : elle arrive avec l'émotion, pas avec l'heure ni avec le vide.

Sources

  • Epel E et al., Stress may add bite to appetite in women: a laboratory study of stress-induced cortisol and eating behavior, Psychoneuroendocrinology, 2001
  • Adam TC, Epel ES, Stress, eating and the reward system, Physiology & Behavior, 2007
  • Dallman MF et al., Chronic stress and obesity: a new view of comfort food, Proceedings of the National Academy of Sciences, 2003

Écrit par Marc-Antoine Voci.