Pourquoi a-t-on plus faim après une nuit courte ?
Mal dormir donne faim
Le lien entre le sommeil et l'assiette ne passe pas par la volonté ni par l'ennui des heures gagnées sur la nuit. Il passe par les deux hormones de la première page, et il a été mesuré.
Ce qu'une nuit courte déplace
L'expérience fondatrice a restreint le sommeil de jeunes adultes en bonne santé à quatre heures par nuit, deux nuits de suite, puis a comparé avec des nuits complètes. Résultat : la ghréline, l'hormone de l'appel, monte ; la leptine, le relevé des réserves, descend. Le corps n'a perdu aucune réserve pendant ces deux nuits, mais son tableau de bord affiche le contraire : appel renforcé, réserves sous-déclarées. La faim ressentie augmente d'autant, avec un appétit marqué pour le sucré et pour les aliments à haute densité calorique.
Ce qu'on mange le lendemain
L'effet ne reste pas en laboratoire. La synthèse des essais qui ont mesuré la prise alimentaire après restriction de sommeil aboutit à un chiffre : le lendemain d'une nuit écourtée, la consommation augmente d'environ 350 à 400 kcal, sans que la dépense d'énergie change de façon comparable. Le déséquilibre est entièrement du côté des entrées.
Le choix des aliments se déplace aussi. En imagerie cérébrale, une nuit blanche affaiblit les réponses des zones qui évaluent et freinent, et amplifie celles du circuit de la récompense, celui de l'envie. Devant les mêmes photos d'aliments, le cerveau privé de sommeil note plus haut les plus caloriques. La fatigue ne donne pas seulement faim : elle donne faim de ce qui se stocke le mieux.
Ce qu'il faut en retenir
La faim du lendemain de mauvaise nuit est une vraie faim hormonale, déclenchée sans manque de réserves : un tableau de bord déréglé par le manque de sommeil, qui appelle plus fort et freine moins bien. Le sommeil reviendra dans la partie sur la dépense, car il pèse sur les deux plateaux de la balance.
Sources
- Spiegel K, Tasali E, Penev P, Van Cauter E, Sleep curtailment in healthy young men is associated with decreased leptin levels, elevated ghrelin levels, and increased hunger and appetite, Annals of Internal Medicine, 2004
- Al Khatib HK et al., The effects of partial sleep deprivation on energy balance: a systematic review and meta-analysis, European Journal of Clinical Nutrition, 2017
- Greer SM, Goldstein AN, Walker MP, The impact of sleep deprivation on food desire in the human brain, Nature Communications, 2013
Écrit par Marc-Antoine Voci.