Pourquoi l'heure des repas compte-t-elle ?
L'heure interne
La première page l'a montré : la faim sonne aux heures apprises. Mais l'horloge interne ne se contente pas de sonner : elle change aussi ce que le corps fait du repas selon l'heure où il arrive.
Un corps qui n'est pas le même à 8 h et à 23 h
L'horloge centrale, logée dans le cerveau et remise à l'heure chaque jour par la lumière, synchronise des horloges locales dans le foie, le pancréas, les muscles, le tissu adipeux. Ces organes suivent donc un programme : la machinerie qui absorbe et range le glucose tourne à plein en début de journée et ralentit le soir. La conséquence se mesure depuis longtemps : le même repas produit une glycémie plus haute et plus longue le soir que le matin. La tolérance au glucose — ranger le sucre après un repas — décline au fil de la journée. Le corps du soir range moins bien.
Le cas extrême le confirme. Quand les horaires de vie se désalignent de l'horloge interne — c'est l'ordinaire du travail de nuit —, la glycémie monte et la sensibilité à l'insuline baisse en quelques jours, à repas et sommeil égaux. L'heure n'est pas un détail de confort : c'est un paramètre du métabolisme.
Ce qui est établi, ce qui se discute
Que la tolérance au glucose baisse le soir est solidement établi. Que déplacer les calories vers le début de journée aide à perdre du poids l'est moins. Des essais le suggèrent : à apports égaux, le groupe au petit-déjeuner copieux et au dîner léger y perd davantage. Mais ils sont courts, peu nombreux, et la question reste débattue. Ce livre les présente pour ce qu'ils sont : une piste cohérente avec la mécanique, pas une loi.
Ce qu'il faut en retenir
Un repas n'a pas seulement un contenu, il a une heure, et le corps ne le traite pas de la même façon selon qu'elle tombe dans sa matinée métabolique ou dans son soir. La régularité des horaires, elle, travaille pour la faim d'horloge : des vagues de ghréline prévisibles sont des vagues qu'on voit venir.
Sources
- Van Cauter E, Polonsky KS, Scheen AJ, Roles of circadian rhythmicity and sleep in human glucose regulation, Endocrine Reviews, 1997
- Scheer FA et al., Adverse metabolic and cardiovascular consequences of circadian misalignment, Proceedings of the National Academy of Sciences, 2009
- Jakubowicz D et al., High caloric intake at breakfast vs. dinner differentially influences weight loss and ghrelin levels, Obesity, 2013
Écrit par Marc-Antoine Voci.