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Pourquoi certains aliments font-ils perdre le contrôle ?

Les aliments dont on ne s'arrête pas

Certains aliments s'arrêtent tout seuls : personne ne finit un saladier de lentilles par entraînement. D'autres semblent ne pas avoir de fin : le paquet de chips, la tablette, la glace. Cette différence n'est pas une affaire de volonté. Elle est construite, et les mécanismes des pages précédentes suffisent à la démonter.

Trois verrous qui sautent

Le premier verrou est la mastication. Un aliment qui garde sa structure, ce que les chercheurs appellent sa matrice, doit être démonté en bouche, et ce travail impose une vitesse. Les aliments dont on ne s'arrête pas ont été délestés de ce travail : ils fondent, croquent à peine, se laissent avaler presque sans mâcher. La vitesse d'ingestion monte, et le signal d'arrêt court derrière.

Le deuxième est la densité calorique. Le signal d'arrêt juge un repas à son volume ; ces aliments logent beaucoup de calories dans très peu de volume. L'estomac n'a rien vu passer.

Le troisième est le couple sucre-gras. Dans la nature, les deux ne voyagent presque jamais ensemble : les fruits sont sucrés sans gras, les noix grasses sans sucre. Les aliments fabriqués les combinent, et cette combinaison, que le circuit de la récompense n'a jamais appris à doser, le stimule plus fort que chaque moitié séparément.

CombinaisonDans la natureFabriquée
sucre + grasquasi absentepâtisserie, chocolat, glace
gras + selrarechips, frites, charcuterie
sucre + gras + selabsentebiscuits apéritifs, céréales fourrées

Ce que montre l'essai de référence

Un essai a nourri les mêmes personnes deux semaines en aliments ultra-transformés puis deux semaines en aliments bruts, à menus équivalents en calories, sucres, graisses et fibres proposés. Consigne unique : manger à sa faim. En période ultra-transformée, les participants ont mangé environ 500 kcal de plus par jour, plus vite, et ont pris du poids ; en période brute, ils en ont perdu. Mêmes personnes, même appétit : seule la construction des aliments avait changé.

Ce qu'il faut en retenir

Perdre le contrôle devant certains aliments n'est pas un défaut de caractère : c'est la réponse normale du système de satiété face à des produits conçus pour passer sous ses radars. Rapides à avaler, très denses, dosés en combinaisons que la nature ne présente jamais.

Sources

  • Hall KD et al., Ultra-processed diets cause excess calorie intake and weight gain, Cell Metabolism, 2019
  • Fazzino TL et al., Hyper-palatable foods: development of a quantitative definition, Obesity, 2019
  • de Graaf C, Kok FJ, Slow food, fast food and the control of food intake, Nature Reviews Endocrinology, 2010

Écrit par Marc-Antoine Voci.