Que fait vraiment le cortisol ?
Le cortisol
Le cortisol est devenu le coupable universel de la prise de poids. Il fait quelque chose de réel, et beaucoup moins que ce qu'on lui prête.
Son rôle normal
Ce n'est pas une hormone de détresse, c'est une hormone de mise en route. Sa concentration suit un rythme quotidien marqué : elle culmine dans la demi-heure qui suit le réveil, décroît tout au long de la journée, et atteint son minimum au début de la nuit.
Pendant ce cycle, elle mobilise le glucose, maintient la pression artérielle, et modère la réponse immunitaire. Un corps sans cortisol ne tient pas debout, au sens propre : l'insuffisance surrénale est une urgence médicale.
Ce qu'un excès chronique produit
Quand la sécrétion reste élevée durablement, les effets sont documentés : appétit ouvert, orientation du stockage vers l'abdomen, dégradation de la masse musculaire, sommeil perturbé, tolérance au glucose abaissée.
La forme extrême — le syndrome de Cushing, où une tumeur produit du cortisol en continu — donne le tableau complet et montre que la relation est réelle. Mais c'est une maladie rare, et les élévations liées au stress ordinaire sont d'une tout autre ampleur.
Ce qu'on lui attribue à tort
La prise de poids par le seul cortisol. L'expérience citée dans la première partie montre que les personnes dont le cortisol monte le plus mangent davantage après un stress. C'est un effet sur le comportement, pas une conversion directe du stress en graisse : sans apport supplémentaire, il n'y a pas de stockage supplémentaire.
Le « ventre à cortisol ». L'orientation du stockage vers l'abdomen existe, mais elle dépend aussi du sexe, de l'âge, de la génétique et de la quantité totale de graisse. Un tour de taille ne diagnostique rien.
La fatigue surrénale. L'idée que le stress chronique épuiserait les glandes surrénales jusqu'à ce qu'elles ne produisent plus assez de cortisol a été examinée : la revue systématique qui a rassemblé les études cherchant à l'objectiver n'a trouvé aucune preuve de son existence. Ce n'est pas un diagnostic reconnu, et les compléments vendus pour la traiter ne traitent rien.
Sources
- Chrousos GP, Stress and disorders of the stress system, Nature Reviews Endocrinology, 2009
- Epel E et al., Stress may add bite to appetite in women: a laboratory study of stress-induced cortisol and eating behavior, Psychoneuroendocrinology, 2001
- Cadegiani FA, Kater CE, Adrenal fatigue does not exist: a systematic review, BMC Endocrine Disorders, 2016
Écrit par Marc-Antoine Voci.