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Pourquoi la perte de poids ralentit-elle toujours ?

Le corps qui résiste

Le ralentissement n'est pas un accident ni une faute de conduite. Il est prévu, il est mesuré, et il commence bien avant qu'on le remarque.

Ce que la règle des sept mille calories oublie

La règle la plus répandue veut qu'un kilo de graisse vaille environ sept mille kilocalories : un déficit quotidien de cinq cents kilocalories devrait donc faire perdre un demi-kilo par semaine, indéfiniment.

0− 10 kg− 20 kgce que la règle préditce qu’on mesure06 mois12 mois18 mois24 mois
Perte de poids attendue et perte observée, pour un même déficit quotidien maintenu deux ans. La règle qui convertit sept mille kilocalories en un kilo de graisse donne une droite : elle suppose que le corps ne change pas. La mesure donne une courbe qui s'infléchit dès les premiers mois et se stabilise vers la première année, parce que la dépense baisse en même temps que le poids. Allures d'après les modèles validés sur données mesurées.

Cette règle traite le corps comme un compte en banque dont le taux ne bouge pas. Or il bouge. À mesure que le poids baisse, la dépense baisse avec lui, et le déficit se referme tout seul.

Les trois mécanismes du ralentissement

La masse perdue ne dépense plus. Un corps plus léger coûte moins cher à maintenir et moins cher à déplacer. C'est la part mécanique, et elle explique la plus grande partie de l'infléchissement.

La dépense baisse au-delà de ce que la masse justifie. Après une perte de dix pour cent du poids, la dépense mesurée est inférieure de plusieurs centaines de kilocalories par jour à celle d'une personne du même poids qui n'a jamais maigri. C'est l'adaptation métabolique, et une partie tient à une baisse du mouvement spontané, décrite dans la partie précédente.

La faim monte. Après une perte, la ghréline mesurée est plus haute et la leptine plus basse, exactement dans le sens qui appelle à manger. Le suivi le plus documenté a montré que ces déplacements hormonaux étaient encore présents un an après la fin du régime.

Ce que cela implique

Le corps ne résiste pas à la perte de poids : il réagit à un déficit comme il réagirait à une disette, en réduisant ses dépenses et en augmentant sa demande. Les deux plateaux de la balance se rapprochent donc l'un de l'autre, et le déficit qui fonctionnait cesse de fonctionner sans que rien n'ait changé dans l'assiette.

Cela ne rend pas la perte impossible. Cela rend prévisible le moment où elle s'arrête, et impose de choisir entre creuser davantage ou accepter le nouveau palier.

Sources

  • Leibel RL, Rosenbaum M, Hirsch J, Changes in energy expenditure resulting from altered body weight, New England Journal of Medicine, 1995
  • Sumithran P et al., Long-term persistence of hormonal adaptations to weight loss, New England Journal of Medicine, 2011
  • Hall KD, Chow CC, Why is the 3500 kcal per pound weight loss rule wrong?, International Journal of Obesity, 2013

Écrit par Marc-Antoine Voci.