L'intestin commande-t-il l'humeur et l'appétit ?
L'intestin parle au cerveau
L'expression « deuxième cerveau » a fait beaucoup pour la popularité du sujet et beaucoup contre sa clarté. Il existe des voies de communication réelles entre l'intestin et le cerveau ; ce qui circule dedans est moins établi qu'on ne le dit.
Les voies établies
Trois canaux sont documentés, et ils ne sont pas hypothétiques.
Le nerf vague relie directement la paroi intestinale au tronc cérébral. C'est par lui que passent les signaux de distension décrits dans la première partie.
Les hormones intestinales — la cholécystokinine, le PYY, le GLP-1, la ghréline — sont produites par la paroi digestive et agissent sur le cerveau. Les médicaments les plus efficaces contre l'obésité aujourd'hui imitent l'une d'elles, ce qui constitue la démonstration la plus nette que cet axe existe et qu'il pèse.
Le système immunitaire et les métabolites bactériens, notamment les acides gras à chaîne courte issus de la fermentation des fibres, constituent le troisième canal, le moins bien compris.
Ce que les études animales ne prouvent pas
Les résultats les plus frappants viennent de souris sans germes, élevées stériles, chez qui l'on transplante un microbiote humain. Ces expériences montrent des effets sur le comportement et le poids.
Elles ne se transposent pas directement. Une souris sans germes n'est pas un modèle d'humain : son système immunitaire, son intestin et son cerveau se sont développés en l'absence de bactéries. Une revue consacrée à ce point a montré combien ces transplantations surestiment la causalité chez l'humain.
L'état honnête du savoir
Chez l'humain, les essais contrôlés testant probiotiques ou prébiotiques sur l'humeur donnent des effets faibles, inconstants, et concentrés sur de petits effectifs. La méta-analyse la plus citée conclut à un effet négligeable chez les personnes en bonne santé.
Ce qui est solide : l'axe existe, il porte des signaux d'appétit dont ce livre a décrit plusieurs, et la voie la mieux démontrée pour agir dessus reste ce qu'on mange — en particulier les fibres, qui nourrissent la flore et dont le bénéfice, lui, fait consensus.
Sources
- Cryan JF et al., The microbiota-gut-brain axis, Physiological Reviews, 2019
- Liu RT, Walsh RFL, Sheehan AE, Prebiotics and probiotics for depression and anxiety: a systematic review and meta-analysis of controlled clinical trials, Neuroscience & Biobehavioral Reviews, 2019
- Walter J et al., Establishing or exaggerating causality for the gut microbiome: lessons from human microbiota-associated rodents, Cell, 2020
Écrit par Marc-Antoine Voci.