Que fait le dopage, et à quel prix ?
Le dopage
Cette page décrit ce que ces produits font et ce qu'ils coûtent. Elle ne dit ni comment ni combien : ce sont des substances réglementées, interdites en compétition, et leur usage hors indication médicale se fait sans aucun contrôle de composition ni de dose.
Ce que mesure l'essai de référence
Un essai a réparti des hommes en quatre groupes : testostérone à dose supraphysiologique avec entraînement, testostérone sans entraînement, placebo avec entraînement, placebo sans entraînement.
Le résultat a fait date. Le groupe qui recevait de la testostérone sans s'entraîner a gagné plus de masse musculaire que le groupe qui s'entraînait sous placebo. Et le groupe combinant les deux a gagné environ trois fois plus que celui qui s'entraînait seul.
L'effet est donc réel, il est grand, et il ne dépend pas du travail fourni. C'est ce qui rend toute comparaison avec un physique dopé sans objet, et ce qui explique une partie des attentes irréalistes décrites dans la partie précédente.
Ce qui reste et ce qui part
À l'arrêt, une partie des gains régresse — l'eau retenue, le volume lié au glycogène, et une fraction de la masse musculaire. Une autre partie persiste, parce que le nombre de noyaux acquis par les fibres musculaires ne revient pas entièrement à son niveau antérieur.
C'est le fondement de l'avantage durable qui justifie les sanctions sportives longtemps après les faits.
Les coûts documentés
Ils sont établis, et plus larges qu'on ne le dit d'ordinaire.
Le cœur. L'imagerie d'utilisateurs de longue durée montre une fonction de pompe abaissée et une atteinte coronarienne plus précoce que chez des sportifs comparables non utilisateurs.
L'axe hormonal. La production naturelle de testostérone est supprimée pendant l'usage, et ne revient pas toujours ensuite : des utilisateurs sevrés depuis des années présentent encore des taux bas et des symptômes de déficit.
La fertilité. La production de spermatozoïdes s'effondre. Elle reprend chez beaucoup après l'arrêt, mais pas chez tous, et les délais se comptent en mois ou en années.
Le reste. Foie pour certaines formes orales, lipides sanguins, tension artérielle, acné, gynécomastie, et des effets psychiques documentés — irritabilité, épisodes dépressifs à l'arrêt.
Ce que la page ne dit pas
Elle ne dit pas que ces effets frappent tout le monde, ni qu'ils frappent immédiatement. Elle dit qu'ils sont mesurés, qu'ils augmentent avec la durée et les doses, et qu'ils surviennent chez des gens qui pensaient être prudents.
Sources
- Bhasin S et al., The effects of supraphysiologic doses of testosterone on muscle size and strength in normal men, New England Journal of Medicine, 1996
- Pope HG et al., Adverse health consequences of performance-enhancing drugs: an Endocrine Society scientific statement, Endocrine Reviews, 2014
- Baggish AL et al., Cardiovascular toxicity of illicit anabolic-androgenic steroid use, Circulation, 2017
- Rasmussen JJ et al., Former abusers of anabolic androgenic steroids exhibit decreased testosterone levels and hypogonadal symptoms years after cessation, PLoS One, 2016
Écrit par Marc-Antoine Voci.