Que change un bypass ou une sleeve ?
Ce que fait une chirurgie de l'obésité
L'explication courante est mécanique : un estomac plus petit contiendrait moins, donc on mangerait moins. Elle décrit une petite partie de ce qui se passe, et pas la plus importante.
La mécanique visible
Deux interventions dominent. La sleeve retire une grande partie de l'estomac et laisse un tube étroit. Le bypass réduit l'estomac à une petite poche et raccorde directement cette poche à une portion plus basse de l'intestin, court-circuitant le duodénum.
La première agit par restriction : la contenance diminue. La seconde y ajoute une malabsorption, puisqu'une partie du trajet d'absorption est sautée. Ces deux effets sont réels et ils sont ceux que tout le monde cite.
L'effet le moins connu
Il est pourtant le plus déterminant. Chez des personnes opérées d'un bypass, la ghréline s'effondre, au point d'être plus basse que chez des personnes de poids normal. Chez celles qui ont perdu le même poids par un régime, elle monte, comme prévu.
Deux personnes ayant perdu le même poids, l'une par régime et l'autre par chirurgie, n'ont pas la même faim. La première a faim davantage qu'avant ; la seconde a faim beaucoup moins.
S'y ajoute le versant symétrique, mesuré lui aussi : après l'opération, les hormones de satiété de l'intestin — le GLP-1 et le PYY, ceux-là mêmes que la page précédente décrit — sont libérées en quantités bien supérieures : les nutriments atteignent plus vite une portion d'intestin qui y répond fortement.
Ce que cela change
La chirurgie ne se contente pas de réduire ce qui rentre : elle déplace le point d'équilibre décrit dans la partie cinq, en agissant sur les deux signaux qui le défendaient. C'est ce qui explique que ses résultats soient d'une autre ampleur que ceux d'un régime, et pourquoi elle améliore certaines maladies associées avant même que le poids n'ait beaucoup bougé.
C'est aussi une opération lourde, avec ses complications, ses carences à surveiller à vie et son suivi obligatoire. Elle est encadrée par des critères écrits et reste une décision médicale, prise en équipe pluridisciplinaire.
Sources
- Cummings DE et al., Plasma ghrelin levels after diet-induced weight loss or gastric bypass surgery, New England Journal of Medicine, 2002
- le Roux CW et al., Gut hormone profiles following bariatric surgery favor an anorectic state, facilitate weight loss, and improve metabolic parameters, Annals of Surgery, 2006
- Haute Autorité de santé, Obésité : prise en charge chirurgicale chez l'adulte, recommandations de bonne pratique
Écrit par Marc-Antoine Voci.