Un effort minime sert-il à quelque chose ?
Une minute vaut mieux que zéro
Le raisonnement du tout ou rien est le plus coûteux de cette partie : faute de pouvoir s'entraîner correctement, on ne fait rien. Or la mesure dit exactement l'inverse.
La pente est au début
Les grandes cohortes qui suivent l'activité et la mortalité dessinent toutes la même forme : une chute rapide du risque dès les premières minutes hebdomadaires, puis un aplatissement progressif.
Une cohorte de plus de quatre cent mille adultes suivis pendant huit ans a chiffré le premier segment. Quinze minutes d'activité modérée par jour, comparées à l'inactivité, s'accompagnent d'une mortalité plus basse d'environ quatorze pour cent. Chaque quart d'heure supplémentaire ajoute ensuite, mais moins.
Le pas le plus rentable de toute la courbe est le premier. Passer de zéro à un peu rapporte davantage que passer de beaucoup à un peu plus.
Ce que produisent quelques minutes
L'analyse conjointe des cohortes qui mesurent l'activité par capteur, et non par questionnaire, aboutit à la même forme avec des chiffres plus élevés encore, parce que la mesure est plus fidèle. Les auteurs y soulignent un point utile : le bénéfice concerne l'activité totale, quelle que soit son intensité.
Plus récemment, des mesures par montre ont montré que de très courtes salves d'effort soutenu accumulées dans la journée — monter un escalier vite, presser le pas — s'accompagnent d'une mortalité plus basse, sans qu'aucune séance soit nécessaire.
Pourquoi le tout ou rien fait perdre le tout
La forme de la courbe explique le mécanisme de l'échec. Quelqu'un qui vise cinq séances hebdomadaires et n'en fait aucune reste au point zéro, c'est-à-dire à l'endroit où le moindre pas rapportait le plus. Quelqu'un qui vise dix minutes et les fait a déjà pris la partie la plus raide de la courbe.
Ce n'est pas un encouragement, c'est une propriété de la relation mesurée : le rendement décroît, donc le début vaut cher.
Sources
- Wen CP et al., Minimum amount of physical activity for reduced mortality and extended life expectancy, The Lancet, 2011
- Ekelund U et al., Dose-response associations between accelerometry measured physical activity and sedentary time and all cause mortality, BMJ, 2019
- Stamatakis E et al., Association of wearable device-measured vigorous intermittent lifestyle physical activity with mortality, Nature Medicine, 2022
Écrit par Marc-Antoine Voci.