8.21

Mange-t-on autrement à plusieurs ?

Manger à plusieurs

C'est l'un des effets les plus robustes de la recherche sur l'alimentation, et l'un des moins connus : la quantité mangée dépend du nombre de personnes à table, et de qui elles sont.

L'effet de facilitation sociale

Les relevés de repas réels montrent qu'un repas pris à plusieurs est nettement plus copieux qu'un repas pris seul, et que l'écart croît avec le nombre de convives. La revue de synthèse situe l'augmentation autour de trente à cinquante pour cent pour un repas de famille ou d'amis, avec de grandes variations.

Deux mécanismes se cumulent, et la gourmandise n'en fait pas partie.

La durée. Un repas à plusieurs dure plus longtemps, et la partie sur la vitesse a montré que le temps passé à table est le premier déterminant de la quantité ingérée avant que le signal d'arrêt n'arrive.

L'imitation. La méta-analyse consacrée à ce point montre que la quantité mangée par les autres prédit fortement la quantité qu'on mange soi-même, indépendamment de la faim. On règle son repas sur celui d'en face.

Le cas particulier des proches

L'effet est plus fort en famille et entre amis qu'avec des inconnus, chez qui il peut même s'inverser : en présence de personnes qu'on ne connaît pas, on mange plutôt moins.

Ce n'est donc pas la présence qui agit, c'est le relâchement de la surveillance de soi.

Ce que l'isolement change

Le versant opposé est moins étudié. Manger seul raccourcit les repas, ce qui augmente la quantité avalée avant le rassasiement, et s'associe à une alimentation moins structurée. Manger seul n'est donc pas la version sobre du repas à plusieurs : c'est un autre problème.

Sources

  • de Castro JM, Family and friends produce greater social facilitation of food intake than other companions, Physiology & Behavior, 1994
  • Herman CP, The social facilitation of eating: a review, Appetite, 2015
  • Vartanian LR et al., Modeling of food intake: a meta-analytic review, Social Influence, 2015

Écrit par Marc-Antoine Voci.