Les édulcorants sont-ils un allié ou un piège ?
Les édulcorants
Un édulcorant reproduit le goût sucré sans apporter d'énergie, ou en apportant si peu que la différence est négligeable. C'est le seul point sur lequel tout le monde s'accorde. Le reste demande un tri : les niveaux de preuve n'y sont pas les mêmes.
Ce qui est établi
Sur l'apport énergétique immédiat, la réponse est nette. Les essais qui ont remplacé du sucre par un édulcorant, à alimentation libre par ailleurs, mesurent une baisse de l'apport énergétique et une baisse modeste du poids, de l'ordre de un à deux kilos sur quelques mois. Le corps ne compense pas entièrement les calories retirées.
C'est un résultat d'essais contrôlés, c'est-à-dire du niveau de preuve le plus solide dont dispose la nutrition. La comparaison porte sur le remplacement d'un produit sucré par le même produit édulcoré, pas sur l'ajout d'édulcorants à une alimentation inchangée.
Ce qui est discuté
Sur les effets à long terme, les données changent de nature. Les études d'observation trouvent des associations entre consommation d'édulcorants et diabète de type 2 ou maladies cardiovasculaires, ce qui a conduit l'Organisation mondiale de la santé à recommander en 2023 de ne pas les utiliser pour contrôler son poids.
Cette recommandation est publiée comme conditionnelle, et fondée sur des preuves que l'OMS qualifie elle-même de faible certitude. La raison est connue : les personnes qui consomment le plus d'édulcorants sont souvent celles qui cherchent déjà à contrôler un poids ou une glycémie. L'association peut donc être lue à l'envers, la maladie précédant le produit plutôt que l'inverse.
Le microbiote intestinal est l'autre point ouvert. Un essai a montré que certains édulcorants modifiaient la flore intestinale et la réponse au glucose chez une partie des participants, avec une variabilité importante d'une personne à l'autre. C'est un signal, sur un petit effectif, dont les conséquences cliniques ne sont pas établies.
Ce qui n'est pas en cause
La sécurité aux doses réglementaires a été réévaluée par l'autorité européenne, qui a confirmé les doses journalières admissibles. Ces doses sont hautes au regard des consommations courantes : celle de l'aspartame correspond, pour un adulte de soixante-dix kilos, à une douzaine de canettes par jour.
Sources
- Rogers PJ et al., Does low-energy sweetener consumption affect energy intake and body weight? A systematic review, including meta-analyses, of the evidence from human and animal studies, International Journal of Obesity, 2016
- Organisation mondiale de la santé, Use of non-sugar sweeteners: WHO guideline, 2023
- Suez J et al., Personalized microbiome-driven effects of non-nutritive sweeteners on human glucose tolerance, Cell, 2022
- EFSA, Scientific Opinion on the re-evaluation of aspartame (E 951) as a food additive, EFSA Journal, 2013
Écrit par Marc-Antoine Voci.