Pourquoi reprend-on plus qu'on n'avait perdu ?
L'effet yoyo
La reprise après un régime est si régulière qu'elle passe pour une fatalité morale. Elle a des causes mesurées, et elles se trouvent toutes dans les deux pages précédentes.
Ce que la perte laisse derrière elle
À la fin d'un régime, trois choses ne reviennent pas immédiatement à leur état d'avant.
La dépense reste inférieure à ce que la nouvelle masse laisse prévoir. Les hormones de l'appétit restent déplacées dans le sens de la faim. Et la masse maigre perdue pendant le déficit, si rien ne l'a préservée, ne se reconstitue pas spontanément — la reprise se fait alors majoritairement en masse grasse.
Le suivi qui a mesuré les hormones un an après la fin d'un régime a trouvé la ghréline toujours haute et la satiété toujours diminuée, chez des personnes qui avaient pourtant repris une partie du poids. La pression à manger persistait après que la raison biologique de manger avait disparu.
Ce que montrent les suivis longs
La méta-analyse des essais américains ayant suivi des participants plusieurs années donne un ordre de grandeur : environ la moitié du poids perdu est reprise dans les deux ans, et une majorité l'est à cinq ans, la perte nette moyenne restant faible mais non nulle.
Le registre qui suit des personnes ayant maintenu une perte importante sur plusieurs années montre l'autre versant : cela existe, et les profils qui y parviennent ont des points communs — une activité physique quotidienne élevée, un suivi régulier du poids, une régularité alimentaire, et un petit-déjeuner. Ce sont des associations, non des recettes.
Ce que chaque cycle laisse
Un cycle de perte puis reprise ne ramène pas exactement au point de départ. Il laisse une composition corporelle un peu différente, avec moins de masse maigre pour un même poids si le déficit n'a pas été accompagné de renforcement. Et il laisse un historique qui rend le cycle suivant plus difficile.
Un plan se juge donc sur ce qu'il produira en trois ans, pas sur ce qu'il produit en trois semaines.
Sources
- Sumithran P et al., Long-term persistence of hormonal adaptations to weight loss, New England Journal of Medicine, 2011
- Fothergill E et al., Persistent metabolic adaptation 6 years after The Biggest Loser competition, Obesity, 2016
- Anderson JW et al., Long-term weight-loss maintenance: a meta-analysis of US studies, American Journal of Clinical Nutrition, 2001
- Wing RR, Phelan S, Long-term weight loss maintenance, American Journal of Clinical Nutrition, 2005
Écrit par Marc-Antoine Voci.